Avant toute chose : ce billet nécessite les ustensiles suivants :

  • Un cachet d'aspirine et son verre d'eau
  • Un mur, de préférence solide et ne craignant pas les taches

Vous êtes prêts ? On y va !

Le coréen n'est pas une langue très compliquée, son principal « défaut » est d'être totalement différente de la nôtre, ce qui oblige à tout réapprendre. Son second défaut est qu'il y a des sons différents pour nous qui ne font qu'un pour un coréen (g/k, p/b, ...), et inversement des sons différents pour un coréen qui sont identiques pour nous (p / p soufflé / p appuyé, de même avec le k).

Mais évidemment, chaque règle a ses exceptions. L'exception en coréen, c'est les nombres.

Parce que figurez-vous que les coréens n'ont pas un, mais deux systèmes de numération, évidemment absolument impossibles à interchanger...

1- Le système coréen

Ce système est utiliser pour compter. Ça a l'air évident comme ça, mais en fait non. On a donc :

  1. 하나 Hana
  2. 둘 Doul
  3. 셋 Set (comme notre chiffre 7 ; en fait ça s'écrit "Ses", sauf qu'on prononce le "s" final comme un "t")
  4. 넷 Net
  5. 다삿 Tassot
  6. 여섯 Yossot
  7. 을곱 Ilkôp
  8. 여덟 Yodol
  9. 아홉 Ahôp
  10. 열 Yol

Et 백 Pèk pour 100 Après, on combine : 15 c'est 열 다삿 « dix-cinq », 24 c'est 둘열 넷 « Deux-dix quatre ». Jusque là, rien de bien compliqué. Sauf que...

Sauf qu'on se sert de ce système pour compter, par exemple pour dire « j'ai 4 stylos ». Sauf qu'on peut pas dire ça en corée, il faut utiliser un quantificateur pour sortir une phrase du genre « j'ai 4-objets stylo » (« objet » est le quantificateur). Et des classificateurs, y'en a une floppée, entre autres :

  • Pour les personnes
  • Pour les personnes, mais de manière polie
  • Pour les objets plats
  • Pour les machines
  • Pour les objets cylindriques, surtout s'ils ont un manche
  • Pour les livres et associés
  • Pour les maisons et bâtiments
  • Pour les fleurs, les flocons de neige, ...
  • Pour quand on ne sait pas quel classificateur utiliser (!), c'est celui pour les « choses »

Et il faut faire attention à ne pas se tromper : si on dit « j'ai 3-choses amis », un coréen va comprendre qu'on a trois morceaux d'amis. Beurk...

Je finis avec une règle rigolote à propos des nombres au système coréen. La plupart d'entre eux finissent par une consonne. Eh bien, quand on utilise ce nombre avec autre chose (un classificateur par exemple...), cette consonne disparaît !

Maintenant, c'est le moment où vous buvez votre aspirine, parce qu'on attaque la seconde partie !

2- Le système sino-coréen

Ce système, techniquement en provenance de Chine, est utilisé pour « dire les nombre », c'est-à-dire pour les prix, les numéros de lignes de bus, de téléphone, les dates, ... On a donc :

  1. 일 il
  2. 이 i
  3. 삼 sam
  4. 사 sa
  5. 오 ô
  6. 육 youk
  7. 칠 tchil
  8. 팔 p'al (ou p' est un p prononcé en soufflant. Si on souffle pas, ça fait le mot 발 « pied »...)
  9. 구 kou
  10. 십 chip

Et on a en plus :

  • 0 영 yong
  • 100 백 pèk
  • 1000 천 cho'n (o et n prononcés séparément)
  • 10 000 만 ma'n (idem)
  • 100 000 000 억 ok

Oui, les deux derniers sont bizarres. C'est parce que les coréens regroupent les chiffes par 4, alors que nous on les regroupe par 3. Donc, au lieu de dire 100 000 « cent mille », ils disent un truc qui veut dire « dix dix-mille ». Sauf qu'évidemment, ils regroupent les chiffres par 3 en écrivant, sinon c'est pas drôle...

3- Les subtilités et exceptions

C'est là que ça commence à être franchement drôle...

  • Avec le système sino-coréen, il faut bien faire attention à la consonne finale. Sinon on risque de confondre 1 et 2, ainsi que 3 et 4.
  • Le système sino-coréen est inspiré du chinois, mais pas tout à fait. Par exemple, « i » signifie 2 en Corée, mais 1 en Chine. C'est une source fréquente de problèmes dans les magasins...
  • Quand on donne un numéro de téléphone, on utilise pas « 영 yong », mais « 공 kông ». Il paraît que c'est plus clair.
  • Les numéros de téléphone sont de la forme 123-123-1234. Il faut prononcer les tirets.
  • À priori, les mois en Corée n'ont pas de nom. On utilise numéro du mois « mois ». Par exemple, « Janvier » se dit « 1-mois », ce qui donne « 일월 » « il wol ».
  • Exception à la règle précédente : le 6 de « juin » et le 10 de « octobre » perdent leur consonne finale.

Le meilleur pour la fin. Si vous voulez donner une date et une heure (un rendez-vous par exemple), vous pouvez donner une année, un mois, un jour, une heure, une minute et une seconde (si vous êtes très précis !).

  • On indique l'année avec le système sino-coréen.
  • On indique le mois avec le système sino-coréen.
  • On indique le jour avec le système sino-coréen.
  • On indique les minutes avec le système sino-coréen.
  • On indique les secondes avec le système sino-coréen.
  • Mais on indique l'heure avec le système coréen !

Donc, un coréen qui donne l'heure est condamné à utiliser deux systèmes de numérotation différents, juste pour ça...

Maintenant, vous pouvez utiliser le mur : il s'agit simplement de se taper la tête dessus...

4- Mais en fait, on peut pas trop se moquer

Parce que le système français n'est pas beaucoup mieux :

  • Zéro, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. Jusque là, tout va bien.
  • Onze, douze : C'est pas très logique.
  • Treize, quatorze, quinze, seize : C'est bien déformé, mais on comprends la logique.
  • Dix-sept, dix-huit, dix-neuf : Pourquoi on revient à un système « logique » seulement pour ces trois nombres ?
  • Vingt : Encore un truc totalement arbitraire.
  • Trente, quarante, cinquante, soixante ; et pour nos amis belges et suisses : septante, octante (ou huitante), nonante : C'est bien déformé, mais on comprends la logique.
  • Soixante-dix (et suivants) : Non, mais franchement...
  • Quatre-vingts : ??!! Non, mais quoi ?
  • Quatre-vingt-dix (et suivants) : Le bouquet final de l'arbitraire, deux règles stupides en un seul nombre !
  • Pourquoi a-t-on milliard entre million et billion ? (Ce qui fait décaler tous nos grands nombre par rapport au système anglais).
  • Quelle est la valeur d'un trillion ? Est-ce qu'un billiard et un trilliard existent ?

Bon, franchement, hein...